LE BLASON DE LA JAILLE LIVRE ENFIN SES SECRETS

Depuis plus de 100 ans que des érudits s’intéressent à La Jaille, personne n’avait réussi jusqu’alors à identifier le blason sculpté au dessus de la porte d’entrée du château, qui aurait permis de trouver le commanditaire de cette demeure d’époque Renaissance et par la même de la dater plus précisément. D’où les attributions hasardeuses qui ont été faites depuis un siècle.

 

Dans un article consacré par Grégory VOUHÉ à la Jaille dans l’actualité Poitou-Charentes d’octobre-décembre 2014, l’héraldiste Laurent HABLOT, décrit ainsi ces armes d’alliance : « un écu de … au chevron de … au chef chargé de 4 roses de … brochant et soutenu de …Et, de… à l’aigle bicéphale de … « , les pointillés traduisant l’impossibilité de décrire les couleurs à partir d’une sculpture vierge de toute polychromie.  

 

Mais l’un des premiers à s’intéresser à cet édifice à l’aube du XXème siècle est Louis CHARBONNEAU LASSAY. Il dessine le cartouche où sont inscrites les armes. En 1907 l’architecte Georges BALLEYGUIER établit un relevé précis de la porte. L’ensemble de ses plans serviront au classement du château en 1928, en partie sauvé par les travaux entrepris à cette époque.

En 1965, dans un ouvrage Art et pays d’Ouest François EYGUN donne une photographie de l’encadrement de porte de la Jaille, mais faute d’investigations sur le blason, attribue la paternité à Nicolas COUSTUREAU et conclut « Elle appartient ainsi au dernier quart du XVIème siècle ».

 

Plus tard, Philippe PITHOIS, propriétaire de 1966 à 2006, sauve le monument une seconde fois. D’après un ouvrage du marquis de BRIZAY, paru en 1910 La Maison de la Jaille, il déduit que la construction du château est antérieure à 1555, car étant entreprise par René II de la JAILLE, capitaine général de l’arrière-ban de France.

 

Cette hypothèse est reprise dans différents ouvrages, jusqu’à ce que Philippe BERTON l’invalide grâce aux recherches qu’il a effectuées aux Archives Départementales de la Vienne, révélant que Gilles de LA JAILLE, dernier possesseur de cette seigneurie, fondée par sa famille, la vend en 1526 à Thibault CLÉMENT, sergent royal à Loudun. Elle est revendue en 1577 par son fils Charles CLÉMENT à Nicolas COUSTUREAU, Président en la chambre des comptes de Bretagne, l’acte précisant que le vendeur a fait faire « un corps de logis neuf ». Aussi la monographie de Bruno CHANETZ, Philippe BERTON et Thérèse DEREIX de LAPLANE, parue en 2013, fait tout naturellement de Charles CLÉMENT le constructeur de La Jaille et date le monument du troisième quart du XVIème siècle, tout en suivant Philippe PITHOIS, pour qui la porte d’entrée faisait partie des embellissements apportés par Mexme GALLET, contrôleur des finances, lequel achète la seigneurie en 1619 à François COUSTUREAU, fis de Nicolas COUSTUREAU. Le blason figurant au fronton est alors attribué par ces auteurs à Mexme GALLET.

 

Or il n’en est rien. Philippe PALASI, docteur en héraldique et expert près la Cour d’Appel de Paris, a confirmé début 2017 l’origine XVIème siècle de ce cartouche, précisant qu’il s’agissait d’un blason d’alliance et qu’il convenait, afin de l’identifier, de rechercher une veuve, la partie droite (à senestre selon les lois de l’héraldique) devant être les armes  de son père et la partie à gauche (à dextre) devant être celles de son mari.

 

Il revient à David ALBERT-BRUNET l’honneur d’avoir trouvé cette veuve. Il s’agit d’Ysabeau CHAUVET, épouse de Thibault CLÉMENT, dont le père Charles CHAUVET, Conseiller et Procureur du Roi en l’élection de Loudun, porte « d’argent à l’aigle éployé de sable » ou « d’argent à l’aigle au vol abaissé de sable » qui constitue la partie droite du blason de La Jaille. La partie gauche serait alors le blason de la famille CLÉMENT. De plus son excellente connaissance de l’héraldique a permis à David ALBERT-BRUNET de représenter avec ses couleurs supposées le blason figurant au dessus de la porte d’entrée de la Jaille, se basant sur les armoiries (très proche du cartouche de La Jaille) des CHAUVET, des POISSONNAIS, descendants des CHAUVET et des CLÉMENT par alliance consanguine en 1660.

 

Il en résulte qu’Ysabeau CHAUVET a fait construire la demeure actuelle ou a tout au moins achever une construction débutée  avec son mari Thibault CLÉMENT. Il resterait à trouver les dates de décès de Thibault CLÉMENT et de son épouse Ysabeau CHAUVET afin de dater plus précisément l’époque de la construction.

 

Mais ce n’est pas tout, la généalogie CHAUVET, publiée au XIXème siècle, grandement complétée par David ALBERT-BRUNET, qui est un de leurs descendants, au même titre que Thérèse DEREIX de LAPLANE, Dorothée CLÉMENT épouse de Charles GLÉTRAYE de La BARRE, se trouve être l’un des trisaïeules d’Émilie Jeanne GLÉTRAYE de la BARRE, laquelle épouse Pierre-Toussaint BERTRAND, acquéreur de la Jaille en 1802 et maire de Sammarçolles. Ainsi les propriétaires de la Jaille au XIXème siècle jusqu’au prince Charles Laurent Bernard Godefroy de la TOUR d’AUVERGNE-LAURAGUAIS, avaient pour ancêtre le couple CLÉMENT-CHAUVET, qui fit édifier le château au XVIème siècle.

Note  : le dessin du blason en couleur est dû à Laurent CHANETZ

Bruno CHANETZ et David ALBERT- BRUNET

 

Nous vous formulons une demande :

Pour l’article historique communal de 2018, nous demandons à la poupulations de Sammarçolles d’avoir la gentillesse d’apporter en mairie en 2017, les portraits de famille de leurs héros de guerre, nés ou ayantvécu à Sammarçolles, que nous scannerons et pésenterons, permettant ainsi de clôturer le Centenaire de la Guerre 1914-1918.

David ALBERT-BRUNET